vendredi 29 juillet 2016

Comprendre, agir.

Rédigé le 14 novembre 2015

J’ai mal à ma France.

Hier, à nouveau, ils frappent. Même sidération, mêmes mouvements de gorge pour retenir des larmes, mêmes caresses sur la tête de mes enfants. Même sentiment d’impuissance de spectateur derrière son écran. Même colère sur ce qui va se passer et se passe déjà, avec ces simplifications, dans un sens ou un autre, simplifications qui vont s’aggraver : plus de nuances en temps de guerre. Même désespoir de voir se multiplier ces réactions lénifiantes avec des beaux dessins sur Facebook, je suis ceci je suis cela, la guerre c’est pas bien ça fait mal, je ne veux pas la guerre, malgré les faits. Seuls changements, le nombre de victimes, cette masse visée qui fait que tous nous connaissons telle ou telle personne qui était présent au match ou sur Paris ce soir-là, et ce mode opératoire qui étonne même des experts parmi ceux qui avaient prévenus.

Mais ma réaction n’est déjà plus là. Elle ne l’est plus depuis le 7 janvier. Elle a été renforcée depuis le Thalys. Ma réaction, c’est quelle action ? Quelle action de notre pays bien sûr. Mais surtout quelle action individuelle.

A priori je ne sais pas. Je me sens gêné parfois de ne pas avoir l’esprit aussi clair que quelques amis ou d’auteurs sur Internet, qui eux m’ont l’air de savoir. Mais j’essaye.

D’abord comprendre. Lire. Apprendre. Ce qui s’est passé. Le Coran. Notre histoire. Les guerres de religion du XVIè et XVIIè siècle. La résistance. Comment nos aïeux ont-ils vécu cela, concrètement.

Ensuite se préparer, mentalement, psychologiquement, nous, générations qui n’avons pas connu la guerre. Générations qui ne connaissent pas la mort, cachée, floutée sur nos écrans. Se préparer à la mort, celle des autres, celle de nos proches, la nôtre, pour sauver des vies que nous ne connaissons pas. Et vient cette comparaison terrible du Thalys, où quelques-uns sont intervenus avec en tête la possibilité de leur mort pour sauver les autres, et du Bataclan, où le réflexe communicatif a été de se coucher, de faire le mort ou de courir, avec l’espoir de s’en sortir, alors que les forces en présence étaient de 1500 personnes désarmées contre 3 hommes lourdement armés, mais s’octroyant des pauses pour recharger leurs armes. Cette comparaison, terrible par le sentiment de culpabilité qu’elle peut engendrer, je la fais pour moi-même, évidemment sans aucun jugement pour ceux qui ont vécu ces évènements. Aucun. Et sans aucune certitude pour moi-même. Aucune. Mais je la fais parce qu’elle est en moi depuis longtemps : Shoah, Jaffa, Srebenica.

Puis agir. Mais comment ? J’ai une vie, une famille, une entreprise qui plus est. Je suis loin de Paris.
Je ne sais pas, aujourd’hui, je ne sais pas.

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