mardi 15 novembre 2016

Vent arrière

Presque deux ans ont passé depuis le 7 janvier 2015.

J’éprouve le besoin de faire un point. Qu’ai-je fait ?

D’abord j’ai vécu. Mon Auberge, ma chère Auberge, ma famille, ce bonheur. Cinq ans sont passés, et dans ce contexte de malheur, j’entrevois une ouverture de tunnel, la lumière du jour, malgré tout, à force de travail.

Ensuite, dans de trop rares moments libres, j’ai lu, voulu comprendre, appris. Quand je regarde ma bibliothèque, je vois défiler les semaines et les mois depuis ces événements :
  • 1559-1629 Les guerres de religion, de Nicolas Le Roux
  • Le Coran (pas fini, c’est long…)
  • Les Français djihadistes, de David Thomson
  • Le sursaut ou le chaos, de Thibault de Montbrial
  • La Guerre et la Paix, de Tolstoï
  • Le suicide français, d’Eric Zemmour
  • Cosmos, de Michel Onfray
  • Lyautey, d’André Maurois
  • Vivre avec la menace terroriste, d’Olivier et Raphaël Saint-Vincent
  • Etat islamique, le fait accompli, de Wassim Nasr
  • Mort pour la France, de Latifa Ibn Ziaten
  • Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre (pas fini, c’est long…)
  • Scruter la loi de 1905, d’Emile Poulat (pas fini, c’est compliqué…)
  • Mon Bataclan, de Fred Dewilde
  • Dr Saoud et Mr Jihad, de Pierre Conesa
Et quelques autres plus légers, histoire de sortir la tête de l’eau de temps en temps…

Puis j’ai observé Internet, Facebook, Twitter. Et au milieu du bruit, du déni, de la haine, des débats sans fin qui me rappellent des souvenirs de 2007, j’y ai trouvé deux sources d’apaisement.

D’abord des professionnels, lucides, cohérents, qui travaillent, font de leur mieux pour analyser, comprendre, expliquer, réfléchir aux solutions, agir. Pour ceux qui manient le stylo ou le clavier, ils le font froidement, avec hauteur de vue, en utilisant les mots justes qui doivent être utilisés, ceux de notre belle langue, le français. Pour les professionnels de l’action, le courage, le dévouement, l’efficacité. En ces hommes et ces femmes, je retrouve mon pays, je retrouve ma France. Je leur suis d’une infinie reconnaissance, quoiqu’il se passe, ils sont une source de ma fierté d’être un Français.

Ensuite, et surtout, des victimes. Pour elles, qui ont vécu ce que nous n’avons pas vécu, ce sentiment étrange de paternalisme. Envie de les protéger, de les soutenir, de leur envoyer de la beauté, du rire, de la légèreté, de la douceur. De temps à autre, parce que nous ne nous connaissons pas. Envie de leur parler de la pluie et du beau temps, parce que c’est beau la pluie et le beau temps (surtout le beau temps !). Envie de dignité et de respect, de silence, d’écoute, de douceur, lorsqu’elles débordent de leur vécu. Elles sont mon rempart à la colère et à la haine, elles sont mon garde-fou. Elles sont mon accalmie.

Et de tout cela, une même conviction inchangée, inébranlable, depuis le début. Confortée.
Rien n’est perdu. L’orage est là, mais il passera. Et que de couleurs après l’orage.